15 Février 2018


Dossier : des échantillons humains pour la santé de demain

 


Dossier : des échantillons humains pour la santé de demain

Cœur, cerveau, poumon ou moelle, mais aussi fragments de peau, urine ou sang… qu’il s’agisse d’organes ou de fluides, d’ADN, d’ARN ou de protéines, les échantillons biologiques humains sont indispensables à la recherche pour mieux comprendre les maladies et faire avancer la médecine personnalisée. Des ressources précieuses et rares, au cœur de la R&D de Sanofi, qui en préserve la qualité et la traçabilité, tout en respectant des règles strictes sur le plan éthique et juridique.

Indispensables à la recherche, « les échantillons humains nous permettent de disséquer la maladie, de partir du malade pour trouver les meilleures réponses thérapeutiques, de procéder à la classification moléculaire des pathologies et de leur environnement, explique Vincent Mikol, Responsable des Sciences Translationnelles de Sanofi en France. Ce qui est essentiel pour faire progresser la médecine personnalisée ».

Ce constat, Anne Caron le vit au quotidien en tant que chercheur au Centre R&D Sanofi de Vitry – Alfortville. Selon elle, « les échantillons humains sont au centre des sciences translationnelles. Ils amènent les connaissances du laboratoire au lit du patient et vice-versa, parce qu’ils permettent de valider les cibles ou biomarqueurs susceptibles de participer au développement de nouveaux traitements. »

Conviction que partage Souâd Naïmi, responsable de la plateforme d’Histopathologie Moléculaire et Bio-Imagerie de Sanofi en France, qui abrite quelques 6 000 échantillons humains (voir encadré). « Ces échantillons sont indispensables à notre recherche translationnelle, de bout en bout : de la validation des cibles jusqu’aux traitements. Sans eux, nous ne pourrions pas proposer à nos patients des solutions de médecine personnalisée présentant une vraie valeur ajoutée ».

Trois sources d’approvisionnement

Précieux, ces échantillons biologiques humains sont aussi très rares, ce qui rend cruciale la question de leur approvisionnement. D’autant que les connaissances comme les technologies évoluent vite, incitant Sanofi à se fournir à l’extérieur, en complément d’une bibliothèque maison riche. Trois canaux sont en général utilisés, dont les biobanques. Privés ou publics, ces organismes collectent les échantillons et les mettent à la disposition des acteurs autorisés. « La biobanque nationale NeuroCEB en fait partie. Financée par des associations de malades et hébergée par l’APHP, cette banque dispose aujourd’hui de plus de 600 encéphales. Elle en a distribué plus de 5 000 depuis sa naissance, en 2006 », précise Charles Duyckaerts, chef du département de Neuropathologie du GH Pitié-Salpêtrière et membre de l’équipe de recherche Alzheimer-Prions à l’Institut du Cerveau et de la Moelle Épinière (ICM).

Pour se procurer ces échantillons humains, les chercheurs peuvent aussi passer par un intermédiaire qui va les aider à identifier le bon fournisseur. « La médecine personnalisée entraine des demandes de plus en plus précises et complexes. Pour s’y retrouver parmi les quelques 2 000 biobanques académiques et commerciales, l’aide d’une société spécialisée peut être très utile, reconnaît Pascal Puchois, Directeur de la société canadienne de recherche Trans-Hit Biomarkers. Grâce à son réseau, elle pourra trouver les échantillons qui répondent le mieux aux besoins de l’industriel, tout en assurant leur qualité et leur traçabilité ». Deux éléments fondamentaux quand on sait à quel point ces échantillons sont décisifs dans le lancement d’une molécule.

Troisième piste de Sanofi pour obtenir ces échantillons humains : les essais cliniques. Une piste riche, compte tenu du grand nombre de données colligées au fil des études. Mais tout autant  délicate à mettre en œuvre, dans un cadre législatif strict.

Une double exigence de qualité

Parce qu’il s’agit d’échantillons biologiques humains, l’exigence de qualité est essentielle. Indicateurs, certification, accréditation, spécialisation… le fournisseur doit garantir ses sources et apporter toute une série d’informations, au-delà de la simple cession de l’échantillon », insiste Paul Hofman, anatomopathologiste responsable de la biobanque du Centre hospitalier universitaire de Nice.

« Et cette exigence de qualité ne se limite pas aux seuls échantillons. Celle des données qui leur sont associés l’est tout autant. »

« Connaître » le donneur est en effet essentiel pour pouvoir exploiter un échantillon. Nationalité, origine, sexe, âge, tabagisme, pratiques alimentaires, antécédents médicaux… sont autant d’informations indispensables. « Sans oublier les données collectées au cours des travaux de recherche, que nous suivons grâce à un logiciel de traçage » complète Anne Bahr, en charge de la protection des données de R&D au sein du Département Juridique de Sanofi.

Des échantillons sous haute surveillance

Attentif à protéger les professionnels au contact de ces matières, Sanofi met l’accent sur la vigilance et le respect des protocoles de sécurité. « Parce que certains virus ou bactéries peuvent être dangereux pour le manipulateur, nous devons prévenir les risques. Ainsi, un échantillon au statut viral « positif », sera confiné et traité dans un laboratoire L2 dédié* » rassure Corinne Le Caer, coordinateur biosécurité au sein de la R&D de Sanofi. De même, le transport d’échantillons biologiques humains obéit aux mêmes lois que le Transport de Matières Dangereuses (TMD) et se fait dans des véhicules dédiés.

Autant d’exigences sur lesquelles la France est particulièrement stricte et que Sanofi applique dans le monde entier. « Grâce à notre logiciel de suivi, les équipes de R&D peuvent suivre leurs échantillons de bout en bout pour développer de nouvelles solutions thérapeutiques en toute sécurité » conclut Paola Fiorentini, expert clinique en Sciences Translationnelles chez Sanofi.

Histopathologie Moléculaire et Bio-imagerie Une plateforme unique en Europe de 6 000 échantillons

La façon dont Sanofi collecte, stocke, utilise et élimine ses échantillons biologiques humains est essentielle pour les chercheurs comme pour l’entreprise, notamment sur le plan éthique. D’autant qu’il s’agit de ressources rares, confiées par des personnes souhaitant faire avancer la recherche et qu’il convient donc de préserver. C’est dans ce but que Sanofi a lancé en 2015, le projet BE HuMan, pour Biological Ethical, Human Management Working Group. Un projet piloté par le Comité de Bioéthique de Sanofi pour uniformiser les pratiques et veiller au respect des principes éthiques au sein de l’entreprise.

BE HuMan : quelle éthique pour les échantillons biologiques ?

Créée en 2001 au sein de l’Unité de Sciences Translationnelles, la plateforme d’Histopathologie Moléculaire et Bio-imagerie de Sanofi est unique à plus d’un titre. Par l’envergure de sa bibliothèque d’échantillons comme par sa polyvalence. Riche de plus de 6 000 échantillons humains, la bibliothèque de Sanofi couvre aussi bien le cancer, que les maladies neurodégénératives, les maladies immuno-inflammatoires ou les maladies cardiovasculaires. « Chaque nouvel échantillon y est analysé, pour poser ou confirmer un diagnostic préalable, puis enregistré et suivi de près avec ses données associées. Le tout accessible via une base de données déclarée à la CNIL », précise Souâd Naïmi, responsable de la plateforme.

Polyvalente, la plateforme est au service des projets de l’entreprise dans tous ses domaines thérapeutiques, qu’il s’agisse de valider des cibles, de choisir des indications pertinentes ou d’évaluer l’efficacité des molécules. « Unique en Europe, elle regroupe aussi bien des histopathologistes que des médecins anatomopathologistes, pour faire le lien entre clinique et préclinique » souligne Souâd Naïmi. 11 robots dédiés à l’Immunohistochimie et à l’hybridation y fonctionnent 24 heures sur 24.

Ils sont capables d’identifier simultanément plusieurs cibles ou biomarqueurs d’intérêt. S’y ajoute une plateforme d’acquisition et d’analyse d’Images utilisant la microscopie conventionnelle et de haute résolution pour analyser les cibles et biomarqueurs ainsi que les mécanismes d’action de nos produits.

Réglementation: des échantillons sous cadre

Comme tout ce qui touche à l’humain, les échantillons biologiques sont très réglementés. Aperçu des principales obligations avec Laura Chenais, Corine De Souza et Anne Bahr, trois juristes du Groupe Sanofi.

Encadrés par le Code civil et celui de la Santé publique, les échantillons biologiques humains ne peuvent être ni prélevés ni utilisés sans consentement éclairé. Consentement accordé par le patient pour un but précis. « S’il est recueilli lors d’essais cliniques mais utilisé aussi pour des recherches scientifiques, cette 2ème finalité doit être mentionnée sur le consentement », précise Laura Chenais, juriste à la R&D de Sanofi France.

« Même chose pour les données de santé, ajoute Anne Bahr, R&D Privacy Officer. Nous devons préciser au patient quelles données vont être extraites, à quoi elles vont servir, qui va les utiliser et pour combien de temps ». Des données auxquelles le patient peut accéder et pour lesquelles il peut se rétracter à tout moment.

Enfin, pour préparer et conserver ces échantillons, « les exigences règlementaires sont très strictes, sur le plan technique comme sur le plan éthique. Sanofi les respecte à la lettre et déclare ses activités au Ministère de la Recherche qui peut les contrôler à tout moment », conclut Corine De Souza, coordinateur biosécurité. Quant aux fournisseurs autorisés, ils doivent, de plus, s’engager sur le consentement du donneur et la gratuité du don, puisque ces échantillons humains n’ont aucune valeur marchande dans la loi française.