19 Septembre 2018

A faux médicaments, vrai combat

Au mieux inefficace au pire toxique, voire mortel, un médicament sur 10 vendu dans le monde est une contrefaçon1. Et jusqu’à 7 sur 10 dans certains pays d’Afrique et d’Asie du Sud-Est1. Une activité criminelle et un fléau de santé publique, contre lequel Sanofi se bat depuis 10 ans.

Responsable du Laboratoire Central d’Analyses des Contrefaçons (LCAC), Nathalie Tallet décrypte pour nous les grands axes de ce combat.

 

A faux médicaments, vrai combat

Au mieux inefficace au pire toxique, voire mortel, un médicament sur 10 vendu dans le monde est une contrefaçon1. Et jusqu’à 7 sur 10 dans certains pays d’Afrique et d’Asie du Sud-Est1. Une activité criminelle et un fléau de santé publique, contre lequel Sanofi se bat depuis 10 ans.

Responsable du Laboratoire Central d’Analyses des Contrefaçons (LCAC), Nathalie Tallet décrypte pour nous les grands axes de ce combat.

Les différences entre un vrai médicament et un faux sont souvent invisibles à l’œil nu. Comment faites-vous pour détecter les contrefaçons ?

Nathalie Tallet. – La détection de faux médicaments s’effectue en 4 étapes. Nous commençons par rechercher dans la base de données si le produit a bien été fabriqué par un site de Sanofi. Numéro de lot, emballage et date de fabrication sont passés au crible. A cette analyse de traçabilité, succède un examen très minutieux de l’emballage, avec des comparaisons basées sur l’imagerie. L’étape 3 consiste en une analyse chimique générale du produit utilisant différentes techniques de spectroscopie.  En cas de détection d’un médicament contrefait, l’examen se poursuit pour savoir si le produit contient du principe actif, des composés toxiques, et ce, grâce à des techniques d’analyse dites d’expertise, comme de la chromatographie gazeuse ou liquide, couplées à de la spectroscopie de masse. Les résultats sont ensuite consignés dans un rapport envoyé à notre contact local. Ce dernier va alors pouvoir mener, avec les autorités locales, les actions adaptées, avec le support de notre cellule de coordination de lutte contre la contrefaçon.


Nathalie Tallet, Responsable du Laboratoire Central d’Analyses des Contrefaçons

Sanofi a créé le LCAC en 2008, en quoi ce laboratoire est-il unique ?

NT. – Notre laboratoire a trois missions. La plus visible est celle dont je viens de vous parler qui consiste à déterminer si un produit reçu est un vrai ou un faux médicament. Notre 2ème mission consiste à développer des méthodes d’analyses puis à les diffuser, si besoin, au plan mondial. Nous avons ainsi travaillé sur des équipements portables pour que certains pays puissent réaliser eux-mêmes une première évaluation des produits suspects. Notre 3ème mission est quant à elle vraiment unique puisqu’il s’agit de centraliser les « cartes d’identité » des contrefaçons, au sein d’une base de données dédiée pour pouvoir effectuer des rapprochements entre les diverses contrefaçons. Grâce à ces études de rapprochement, nous bénéficions d’une vision globale, avec une cartographie des zones à risque et aidons les autorités à remonter les filières.

Enfin, Sanofi déploie aussi des programmes proactifs en effectuant des achats tests dans des pays à risque et sur des produits sensibles. Ces achats représentent une grande part des analyses du laboratoire. S’y ajoutent les produits signalés par des autorités de santé, des professionnels de santé, des patients ou saisis en douane.

Après 10 ans, quel bilan faites-vous ?

NT. – Depuis 2008, nos effectifs ont triplé, passant de 5 à 15 collaborateurs, et nous avons répertorié plus de 37 000 produits suspects. Mais au-delà de ce volume, nous avons développé des expertises spécifiques pour être plus rapides, pour pouvoir faire face à de grandes quantités de produits, très diversifiés ; car aujourd’hui, contrairement à il y a 10 ans, toutes les classes thérapeutiques sont concernées.

L’imagination et l’appétit des trafiquants n’ayant pas de limites, à quels nouveaux défis allez-vous devoir faire face et comment ?

NT. – Les contrefacteurs font en effet évoluer leurs techniques pour les rendre de plus en plus sophistiquées, aidés en cela par des nouvelles technologies comme l’impression 3D. Ce qui va rendre notre travail plus long et plus difficile. Ils s’intéressent aussi de plus en plus aux traitements biologiques. A nous d’anticiper pour être aussi efficace et rapide demain sur un anticorps monoclonal ou un vaccin que sur un comprimé standard. Pour suivre notre portefeuille qui ne cesse de s’élargir, nous devons non seulement accentuer nos investissements et nos recherches mais aussi faire évoluer nos compétences, en partant du principe que tout produit, quelle que soit sa famille thérapeutique, peut être la cible d’un contrefacteur.

Contrefaçon ou falsification, que dit-on ?

Si le terme le plus connu est bien contrefaçon, les autorités et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) lui préfèrent depuis 2017 le terme de falsification, pour mettre l’accent sur les risques d’atteinte à la santé publique. Le terme « contrefaçon »  sous-entend en effet une notion d’atteinte aux droits de propriété intellectuelle derrière laquelle certains pays et contrefacteurs se cachent pour protéger leur production.

Pour Sanofi, une question de santé publique

Trois questions à Geoffroy Bessaud, Directeur de la Coordination anti-contrefaçon chez Sanofi.

En quoi la lutte contre les faux médicaments est-elle une question de santé publique ?

Geoffroy Bessaud. –  La lutte contre la falsification des médicaments et des vaccins est un des engagements de Sanofi au service de la santé publique. On compte en effet des centaines de milliers de victimes chaque année. Les trafiquants entravent ces efforts, sans hésiter à mettre en jeu la vie des patients. Il ne suffit donc pas de mettre au point des solutions thérapeutiques innovantes, il faut aussi lutter contre ces agissements criminels. En Indonésie, la police a démantelé en 2016, grâce à une bonne collaboration avec nos structures, un réseau de faux vaccins pédiatriques actif depuis 2003. Ce qui signifie que pendant 13 ans, des milliers d’enfants n’ont pas été protégés…

Comment coordonnez-vous vos efforts à l’échelle du Groupe ?

GB. –  A fléau mondial, lutte globale et ce, à 3 niveaux : un comité de pilotage qui définit la stratégie, une cellule de coordination qui traite tous les cas suspects, informe et mobilise, et des structures opérationnelles  qui agissent sur le terrain, dans chaque région ou pays à risque. A chacun de ces 3 niveaux, sont présents tous les acteurs engagés dans la lutte anti-contrefaçon: affaires industrielles, affaires règlementaires, qualité, juridique, affaires médicales, réseau sûreté, communication, … Comme il s’agit d’un fléau mondial, nous travaillons bien entendu avec les autres acteurs de l’écosystème, organismes de santé, police, douanes, Interpol,…

Vous avez revu votre stratégie anticontrefaçon en 2017. Pourquoi ?

GB. – Parce que le monde évolue (patients acteurs de leur santé, vente de médicaments en ligne, impression 3D), et Sanofi également. Malgré nos efforts, ces activités criminelles génèrent un profit estimé à 200 milliards de dollars en 2016, contre 75 milliards en 2010, toutes classes thérapeutiques et tous pays confondus. Aussi avons-nous par exemple centralisé le management de l’information, accru l‘interopérabilité de nos systèmes, investi dans des outils capables d’analyser tous types de produits suspects renforcé notre collaboration avec les autres laboratoires, poursuivi l’amélioration de notre collaboration avec la police et les douanes, etc… Sans oublier la prévention, avec des systèmes de traçabilité pour lutter contre les vols, et une protection renforcée de nos produits grâce à des stickers, encres réactives ou hologrammes pour éviter l’effraction comme la falsification. Restent l’information et la communication. Sanofi a ainsi mené depuis 2014 un vaste ensemble d’études pour comprendre au niveau mondial la perception par les patients des risques liés aux faux médicaments. Études qui ont montré un déficit d’information considérable des patients.

Référence :

1 Contrefaçon de médicaments : les industriels mobilisés – Leem

Pour approfondir le sujet :